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Écrire une lettre de motivation avec ChatGPT, bonne ou mauvaise idée?

De plus en plus de postulants ont recours aux outils d’intelligence artificielle. Les recruteurs, eux, sont divisés sur le sujet.
De nombreuses entreprises se sont converties à l’intelligence artificielle pour recruter plus facilement, les candidats non plus ne se font pas prier. Lettre de motivation, CV, dissertation d’entrée en formation sélective… Ils sont de plus en plus nombreux à faire appel à l’IA pour rédiger leur profil.
Selon une étude menée en 2023 par la plateforme iCIMS, spécialisée dans le recrutement, près de la moitié des étudiants en dernière année d’université sont tentés d’utiliser ChatGPT pour écrire leur curriculum vitae et leur lettre de candidature. Une enquête en ligne commandée par le site créateur de CV ResumeBuilder indique quant à elle que 91% des recruteurs interrogés déclarent recevoir des candidatures qu’ils croient rédigées par ChatGPT.
Adoptée à grande échelle depuis fin 2022, l’intelligence artificielle bouleverse d’ores et déjà le monde du travail, et particulièrement le processus d’embauche. Selon les experts, ces outils sont d’ailleurs l’une des explications du boom des candidatures. Les données récentes de LinkedIn indiquent en effet que les travailleurs américains et britanniques ont postulé à 15% de postes supplémentaires en 2023 par rapport à 2022. La rapidité et l’efficacité offertes par l’IA encouragent ainsi les candidats à solliciter un plus grand nombre d’offres d’emploi.
Un outil précis et efficace
«Le gros avantage, c’est surtout le gain de temps, souligne Maud, qui a décroché un poste de chargée de mission sport grâce à l’aide de l’intelligence artificielle. Il suffit de rentrer le descriptif de l’annonce ainsi que toute son expérience sur ChatGPT, et il génère une lettre de motivation bien écrite, structurée et précise.» Jeunes postulants, étudiants mais aussi lycéens se tournent de plus en plus vers cet outil efficace pour faciliter leurs démarches, dans ces moments vécus comme des sources d’angoisse. Alors que la plateforme Parcoursup destinée à l’orientation des bacheliers exige désormais un dossier solide, agrémenté d’une lettre de motivation, nombreux sont les candidats à solliciter l’IA pour se soulager. «Ça m’a donné un modèle, que j’adapte pour chacun de mes vœux… C’est un gain de temps précieux», argumente ainsi Nil, 17 ans, auprès de L’Union. «L’IA peut être considérée comme une aide pour les jeunes, inquiets de bien faire pour leurs premières candidatures», confirme Séverine Loureiro, psychologue du travail et fondatrice de l’agence de conseil RH Points de Contact. Selon l’autrice de La petite boîte à outils de l’Onboarding, l’intelligence artificielle permet aussi d’améliorer une candidature en proposant des mots-clés pertinents, augmentant ainsi les chances de correspondre à l’offre d’emploi et de passer le premier tri. «De plus en plus d’entreprises s’appuient sur des outils de tri qui vont scanner les candidatures pour y trouver les correspondances avec l’offre», précise l’experte. Sur le fond, l’IA apporte aussi un savoir-faire qui peut faire défaut aux candidats. «Sur le plan de l’expression, elle permet d’améliorer son style, de corriger les erreurs d’orthographe, de syntaxe. Elle peut rendre plus clair ce qu’un candidat exprime confusément dans une première intention. Elle désinhibe le candidat qui peut rencontrer la peur de la page blanche», détaille Peggy Raffy-Hideux, enseignante en Lettres, Culture et Communication à l’université d’Angers et spécialiste des outils pédagogiques à destination des postulants. Si ChatGPT reste le logiciel le plus populaire, la professeure rappelle toutefois que de nombreuses intelligences artificielles existent, avec chacune leur domaine de prédilection: Scribbr pour la relecture, Quillbot afin d’éviter la paraphrase, ou encore Neurospell pour optimiser la syntaxe. Pour Adam Nicoll, directeur du marketing au sein de la société de conseil en recrutement et emploi Randstad, l’IA ne devrait pas être éliminatoire dans le processus d’embauche. «Il s’agit d’aider ceux qui ne sont pas très doués pour la rédaction ni l’édition à produire un résumé, soigner des points forts de leur carrière, récapitule le spécialiste à la BBC. C’est la version numérisée de l’idée de demander à un ami de relire son CV.» ChatGPT, de la triche?  Pourtant, de plus en plus de RH semblent réfractaires à ce procédé et se dotent massivement d’outils destinés à détecter la fraude. «Le risque principal est de voir sa candidature écartée, car les recruteurs sont de plus en plus sensibles à la question de l’IA et à son recours massif dans les lettres de motivation, avertit Peggy Raffy-Hideux, autrice de Les premiers entretiens de recrutement. Aujourd’hui, on observe que certains recruteurs soumettent les dossiers de candidature à des détecteurs d’IA pour repérer les similitudes.» Aux États-Unis, où l’intelligence artificielle est largement employée dans l’enseignement supérieur pour passer la phase d’admission, les grandes écoles redoublent de vigilance. «Je veux que les étudiants comprennent à quel point nous tenons à les connaître à travers leurs écrits et comment des outils tels que l’IA générative finissent par les priver de leur voix dans leur demande d’admission», insiste ainsi le doyen des admissions de GWU dans Forbes, qui déconseille d’utiliser ces outils. «Le risque qui me paraît le plus dommageable est celui de l’uniformisation, d’une candidature qui ressemble à toutes les autres avec les mêmes compétences mises en avant, les mêmes descriptifs des missions», se désole Séverine Loureiro. Car si ChatGPT et consorts se renforcent de jour en jour, en peaufinant leur précision, ils restent des outils robotiques et impersonnels Répétitions, incohérences, verbosité ou encore contenu creux et générique: les écueils de l’utilisation de l’IA sont nombreux, de l’avis même des recruteurs. «On repère plusieurs tournures de phrases maladroites, voire enfantines pour certaines (…) et qui ne sont pas adaptées au format, ainsi qu’une incohérence dans la structure», relève Albane Guerrier, directrice de recrutement chez KPMG France, à qui Le Figaro a soumis une lettre de motivation générée par ChatGPT. «Si ce courrier est bien rédigé, il se révèle en réalité très conventionnel et d’une certaine manière, plat, ajoute Benoît Serre, le DRH de L’Oréal. C’est un courrier “d’industrialisation” de la candidature, dont je ne suis pas convaincu qu’il emporte la conviction de recevoir la personne.» S’approprier l’intelligence artificielle Pour contourner l’obstacle, tout est une question de dosage. «Il faut toujours se relire, changer des mots pour personnaliser la candidature et être sûre de pouvoir argumenter à l’entretien, précise Maud, qui a même été complimentée sur sa lettre de motivation lors de son grand oral. L’IA ne change en rien son profil, ses expériences ou ses diplômes mais ça permet de gagner du temps et d’améliorer sa candidature, comme un assistant!»
Le constat est partagé par Amélie Watelet, DRH d’AXA France. «Cet outil doit être considéré comme une façon de “nous augmenter”, pas comme un substitut, soutient-elle. En cas d’entretien par la suite, il faut que le postulant puisse rebondir sur ce que ChatGPT avance. Le recruteur pourrait être amené à demander une illustration par des expériences et des situations spécifiques, ce qui peut mettre en difficulté le candidat et compromettre ses chances si cela a simplement été inventé par la machine.»
S’aider de la machine, oui, mais en adaptant sa candidature pour la parer d’authenticité et se démarquer des autres postulants. «Certains recruteurs préfèrent largement recruter un candidat avec une lettre moins “parfaite” mais plus personnalisée qu’un meilleur candidat avec une lettre générée par l’IA, prévient Peggy Raffy-Hideux. Passer du temps à rédiger une lettre est aujourd’hui un signe fort de motivation.»
La spécialiste préconise un usage raisonné de cet outil, sans lui faire une confiance aveugle, et en gardant toujours le dernier mot. «Comme dans une partie de ping-pong, le candidat peut “interagir” avec l’IA, lui demander de reformuler à plusieurs reprises la même phrase et choisir celle qui lui convient le mieux, faire intégrer à l’IA son propre style en lui soumettant des textes qu’il a déjà rédigés au préalable, etc.»

Le recrutement du futur
Face à cette nouvelle donne, le monde du travail tente de s’adapter au mieux. Si certains recruteurs filtrent sans concession les candidatures au goût d’intelligence artificielle, d’autres tentent de l’intégrer dans leurs processus, partiellement ou entièrement. C’est par exemple la position adoptée par l’université A&M du Texas, qui accepte les candidatures générées par l’IA dans un objectif d’expérimentation, ou celle de l’université d’Arizona.
Du côté des recruteurs en entreprise, la situation est sensiblement la même, divisée entre réfractaires à cette technologie et sympathisants de la démarche. «Mais si la plupart des recruteurs ou chefs d’entreprise voient d’un bon œil qu’un candidat sache maîtriser l’IA, ils n’apprécient pas spécialement les lettres de motivation générées par l’IA, nuance Peggy Raffy-Hideux. Certains recruteurs abandonnent purement et simplement ce document traditionnel de la candidature qui ne reflète plus la personnalité du candidat.»
Les dossiers de postulants de plus en plus formatés et sans personnalité conduisent à un véritable bouleversement des méthodes de recrutement. La lettre de motivation est effectivement menacée, car plus représentative du profil des candidats. Les DRH sont ainsi confrontés à l’obligation de développer de nouvelles méthodes d’évaluation. D’abord, de plus en plus de recruteurs se concentrent sur les médias sociaux et les profils LinkedIn pour appréhender la personnalité d’un candidat. Les employeurs pourraient également introduire des évaluations plus strictes à l’oral.
«Si l’IA peut organiser les données de manière intéressante, elle n’est pas particulièrement créative: elle ne peut travailler qu’avec ce qui existe déjà, précise Vince Miller, professeur de sociologie et d’études culturelles à l’université de Kent, interrogé par la BBC. Cela pourrait donc se traduire par des évaluations exigeant davantage de créativité et d’abstraction de la part du candidat.» Enfin, l’intelligence artificielle pourrait conduire à une augmentation exponentielle des candidatures, grâce à la facilité de postuler à travers cet outil, générant un marché du travail ultra compétitif et concurrentiel. Pour autant, la lettre de motivation traditionnelle a encore de beaux jours devant elle, comme un challenge d’introspection et d’humanité dans un monde qui se robotise.

Source : Slate

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